Nouvelles de Paris par Bernard Sallé

Publié le 7 octobre 2026 à 16:15

La nouvelle est à la littérature ce que le court-métrage est au cinéma d’auteur. Une difficulté à faire tenir une histoire plausible, captivante avec des personnages marquants dans un court texte d’une trentaine de pages.

Dès la première nouvelle, Bernard Sallé nous captive. Un personnage digne d’un policier d’Audiard, un contexte mystérieux et une chute inattendue. Tous les ingrédients du film en noir et blanc y sont. Il ne manquerait plus que la musique de Vladimir Cosma pour parachever le tout. L’écriture est vive, les décors sont léchés en trois coups de plume, l’atmosphère est lourde de la morosité du personnage.

L’auteur nous compile dans ces « Nouvelles de Paris » toute l’idiosyncrasie de ses personnages.

Il y aurait presque un côté Jean de la Fontaine chez Bernard Sallé, chaque nouvelle ayant sa morale (ou non) propre.

« Tel est pris qui croyait prendre » résumerait très bien la deuxième nouvelle où la médiocrité du protagoniste est telle qu’il n’en réussit même pas son acte final. Le raté dans toute sa splendeur, mais tellement bien décrit par la plume sarcastique de l’auteur. Car Bernard Sallé ne fait aucun cadeau à ses personnages. Ce sont des descriptions au vitriol de l’humanité, mais d’une justesse à nulle autre égalée.

C’est un contemplateur des races humaines, ou devrais-je dire, de la race humaine. Il traque ses défauts dans les moindres replis de leur beau costume bien propre sur eux, nous révèle jusqu’où l’âme peut se noircir. Il nous met face à notre complexité d’être pétris de nos certitudes.

« Maria la polonaise » et « La journée de Bichon » nous démontrent un peu plus, si besoin était, de la futilité de la vie. Futilité du monde publicitaire avec, en filigrane, l’absurdité de la société de consommation. Futilité de la natalité au regard de certains allant jusqu’au drame, comme on abandonnerait un animal devenu soudain encombrant.

Il y a aussi un côté justicier chez Bernard Sallé. Dans sa nouvelle « La cloche », deux mondes diamétralement opposés sont décrits avec la même maestria. Les invisibles, ce petit peuple de pauvres hères que personne ne voit, mais qu’eux contemplent en permanence, sont les meilleurs agents de renseignement au monde. Ils voient sans être vus. Et certains se transforment en héros d’un jour ou en Robin des Bois.

Mais le plus savoureux reste à venir avec « Classe affaires ». Tous ceux qui ont passé des heures dans un aéroport ne peuvent que s’y retrouver. Qui ne s’est jamais amusé à écrire la vie de ces gens pressés, anxieux, amoureux, grognons, retardataires qui parcourent en tous sens les couloirs infinis des aéroports du monde. Même l’odeur y est différente.

Dans cette nouvelle qui clôt ce recueil, la France-Afrique y est si bien décrite. Cette Afrique qui est empêtrée dans ce post-colonialisme, ces Africains qui sont si mal à l’aise dans leurs costumes trois pièces et leurs chaussures étroites, mais qui sont persuadés d’avoir réussi comme le Blanc, parce qu’ils sont vêtus comme eux. Merci de si bien décrire ce paradoxe de la société africaine qui en paie encore le prix aujourd’hui.

Monsieur Sallé, votre livre est trop court, on en voudrait encore de ces nouvelles qui décortiquent ce monde parfois absurde dans lequel nous vivons !

Merci de nous le rappeler avec autant de brio.

 

Kariane Maxwell

07 octobre 2026

 


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